Chapitre 9
Chapitre IX — La Neuvième Heure
La neuvième heure arrive sans prévenir.
Ce n’est pas un sommet.
Ce n’est pas une chute.
C’est le moment où le corps décide avant la pensée.
Je n’étais pas arrivé à une vérité.
J’étais arrivé à une tenue.
Je marchais encore avec mes noms,
mais ils ne tiraient plus dans des directions opposées.
Dalmeck.
Dalmeck, Aras-Azul Ekaitzaren Begia.
Daaeb.
Ils ne demandaient plus à être expliqués.
Ils tenaient parce que je tenais.
À la neuvième heure,
je n’avais plus que ce que je portais réellement.
Le turban,
pas comme signe,
mais comme protection simple,
contre le froid, le bruit, les regards.
L’abeille en laiton,
usée,
pas brillante,
gardée pour ce qu’elle rappelle du travail lent, obstiné,
sans promesse de reconnaissance.
Les colliers,
pas décoratifs,
chargés par le temps,
par les mains,
par les passages.
La bille noire,
lisse, dense,
qui ne raconte rien,
mais qui revient toujours dans la paume
quand il faut vérifier que quelque chose est encore là.
Et la petite bouteille,
pas pleine de mystère,
pleine de mémoire.
Un reste.
Un dépôt.
Je n’avais rien d’autre.
Je n’essayais plus de corriger les récits.
Ni les leurs.
Ni ceux qui circuleraient encore sans moi.
J’avais compris quelque chose de simple :
ce qui ne veut pas être tenu
ne se tient pas par la parole.
Alors j’ai cessé de nourrir.
Il n’y a pas eu de scène finale.
Pas d’aveu.
Pas de pardon.
Pas de victoire.
Seulement une suite de gestes ordinaires :
se lever,
écrire,
poser les objets,
les reprendre,
continuer.
Ce n’était pas un renoncement.
C’était une hygiène.
Je savais que mon nom continuerait à être lu à travers des filtres.
Que certains y verraient un halo.
D’autres une menace.
D’autres rien.
Ce n’était plus mon affaire.
Ce qui comptait désormais,
c’était de ne pas laisser ces lectures décider de mes gestes.
La neuvième heure ne ferme pas une histoire.
Elle cesse de la commenter.
Elle ne transforme rien.
Elle stabilise ce qui reste.
Quand je regarde le chemin,
je ne vois ni ascension ni défaite.
Je vois un homme qui tient encore debout,
avec peu d’objets,
peu de mots,
mais assez pour continuer sans se trahir.
Et ça suffit.
